L’aventure extraordinaire des plantes voyageuses

Une plante, un homme, une histoire véridique, contée avec vivacité, humour et érudition, par la botaniste Katia Astafieff. En presque 200 pages, l’auteure résume la découverte de dix plantes connues, appartenant le plus souvent à notre quotidien telles le thé, la fraise ou le kiwi. Au cours des siècles, pour récolter des végétaux, enrichir les collections européennes et élargir le choix des denrées alimentaires, des botanistes intrépides et passionnés, se sont lancés dans des aventures périlleuses.
Les histoires de plantes sont toujours en effet liées à des histoires humaines. Il y a, derrière les plantes, des hommes qui les ont découvertes, qui les ont observées, étudiées. Et à l’époque des grandes explorations, plein de choses étonnantes sont à raconter.

Joseph Rock et la pivoine

Né à Vienne, celui-ci a émigré ensuite aux États-Unis où il a effectué différents petits jobs, puis a embarqué pour l’île d’Hawaï où il s’est fait employer en tant que professeur de botanique avec un faux diplôme ! Il a effectué là-bas un travail très impressionnant et est même devenu le plus grand botaniste de la flore de cette île. Par la suite, il a été envoyé en mission dans différents coins du monde. En 1925, il part en mission en Chine dans le Hunan (sud-ouest de la Chine) pour le National Geographic (en plus d’être botaniste, il était reporter et photographe) et l’arboretum de Harvard.
La Chine étant à l’époque une zone de conflit, il se fait accompagner de gardes du corps, d’hommes armés. Malgré le contexte, il tombe littéralement amoureux de cette région – il y passera d’ailleurs une bonne partie de sa vie. Comme il était un peu excentrique et qu’il aimait son confort, il se baladait avec sa baignoire gonflable, ses bouteilles de Bordeaux, ses disques d’opéra qu’il écoutait au fin fond des montagnes chinoises… Il s’est arrêté à différents endroits et notamment dans un monastère où il a sympathisé avec le propriétaire le Prince de Zhuoni. Celui-ci a pris Joseph Rock sous son aile, l’a hébergé quelques temps dans son monastère – où il a rencontré Alexandra David-Néel.
C’est dans ce monastère qu’il remarque une très belle pivoine, inconnue jusqu’alors, grosse fleur blanche au cœur pourpre unique. Il a envoyé des graines à Harvard et dans d’autres jardins botaniques du monde entier. Ses envois n’ont pas été bien répertoriés par les botanistes de l’époque qui pensaient que c’était une plante ornementale quelconque, mais il s’est avéré que c’était une nouvelle pivoine. Aujourd’hui elle porte son nom : la pivoine de Rock ou Paeonia rockii.

Robert Fortune, espion botaniste

Robert fortune, grand botaniste, James Bond de la botanique, partit en Chine un peu avant Joseph Rock mais pas dans les mêmes contrées. En 1848, il a été missionné pour dérober le secret du thé aux Chinois. À l’époque de la guerre de l’opium, les Chinois échangeaient le thé contre l’opium. Les Anglais se plaignaient de ne pas avoir toujours du thé de grande qualité. Ils ont donc envoyé Robert Fortune percer le secret du thé, voir comment se déroulait sa fabrication mais aussi voler des pieds de thé afin de les replanter dans les colonies indiennes.

M. Frézier, corsaire et importateur de la fraise

Les fraises que l’on mange aujourd’hui proviennent de fraises venues d’ailleurs. Celles-ci n’ont pas une histoire banale, à l’instar de la personne à l’origine de leur découverte. Il s’agit de l’histoire d’un corsaire qui, vers 1714, est envoyé au Chili pour explorer les côtes d’Amérique du Sud afin d’étudier les fortifications et les modes de vie. M. Frézier (ça ne s’invente pas !) revient en France avec des souvenirs, et notamment une fraise qu’on appelle Fraise du Chili, particulièrement grosse en comparaison des fraises connues à cette époque en Europe. Celles-ci étaient soit des fraises des bois relativement petites, soit des fraises rapportées par Jacques Cartier d’Amérique du Nord. Fraise Ananas – la mère de toutes les fraises de jardin que l’on mange aujourd’hui – est le résultat de l’hybridation entre la fraise du Chili et la fraise de Jacques Cartier.

 

Voici quelques-unes des nombreuses histoires racontées dans cet ouvrage, nous aurions pu vous parler de la plus grosse fleur du monde : la Rafflesia arnoldii, de Sir Raffles et de son collègue Joseph Arnold ou encore de l’arbre le plus haut du monde le Sequoia sempervirens découvert par le botaniste Archibald Menzies. Mais il est préférable de vous laisser sur votre faim et de vous permettre de découvrir par vous-même les nombreuses histoires, toutes plus étonnantes les unes que les autres, dont regorgent ce livre complétées, de surcroît, par des documents (photos, extraits de lettres, etc.) et des encadrés sur les propriétés des plantes et leurs usages actuels.

L’aventure extraordinaire des plantes voyageuses
Katia Astafieff
Dunod, 2018

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *